TL;DR, l'essentiel en 30 secondes. On croit qu'un dividende de SAS, taxé à la flat tax, est plus avantageux qu'un dividende de SARL soumis aux charges sociales du TNS. C'est souvent l'inverse. À partir d'une même base de 100 000 € net d'IS, le dividende de SAS laisse 68 600 €, mais il est "stérile" : il ne crée aucun droit. Le dividende de SARL, lui, subit des charges dégressives (32 %, et même 25 % à revenu élevé) qui sont déductibles : elles génèrent une économie d'impôt à votre tranche marginale (ressentie en N+1) et construisent des droits à la retraite. Résultat : au-delà d'une TMI de 30 %, le dividende de SARL peut atteindre 69 700 à 72 450 €, tout en vous ouvrant des droits. Plus vos revenus et votre TMI sont élevés, plus la SARL l'emporte.
Le dividende passe par trois lames
Avant d'arriver dans votre poche, un dividende subit trois prélèvements successifs :
- La première lame : l'impôt sur les sociétés (IS), payé par l'entreprise sur son résultat.
- La deuxième lame : les prélèvements sociaux (en SAS) ou les charges sociales (en SARL, régime TNS).
- La troisième lame : l'impôt sur le revenu, ou la flat tax.
C'est la deuxième lame qui fait toute la différence entre une SAS et une SARL, et c'est précisément là que se niche l'idée reçue.
Pour comparer proprement, partons d'un même point : un résultat avant IS de 127 666 €, qui donne 100 000 € net d'IS (IS de 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % au-delà). Ces 100 000 € constituent la base distribuable dans les deux cas.
Le dividende de SAS : simple, mais stérile
En SAS, le dividende relève de la flat tax de 31,4 %.
- Base distribuable : 100 000 €
- Flat tax 31,4 % : 31 400 €
- Dividende disponible : 68 600 €
C'est simple et lisible. Mais ce dividende est stérile : il ne construit aucun droit différé. Ni retraite, ni prévoyance. Vous encaissez, point.
Le dividende de SARL : trois effets que l'on oublie
En SARL, le gérant majoritaire relève du régime TNS. Sur la même base de 100 000 €, le dividende supporte des charges sociales, puis l'impôt. Mais trois mécanismes changent radicalement le résultat :
- Les charges sont dégressives : leur taux diminue quand le revenu monte. On passe d'environ 32 % à 25 % sur les tranches hautes.
- Les charges sont déductibles : elles génèrent une économie d'impôt égale à charges multipliées par votre tranche marginale (TMI), effet ressenti l'année suivante (N+1).
- Les charges construisent des droits : retraite et prévoyance, contrairement au dividende de SAS.
Voici le calcul, selon le taux de charges et la TMI, toujours sur 100 000 € de base :
| Cas | Charges | Impôt (12,8 %) | Économie d'impôt (déductibilité) | Dividende disponible |
|---|---|---|---|---|
| Charges 32 %, TMI 30 % | 32 000 € | 12 800 € | 32 000 x 30 % = 9 600 € | 64 800 € |
| Charges 32 %, TMI 41 % | 32 000 € | 12 800 € | 32 000 x 41 % = 13 120 € | 68 320 € |
| Charges 25 %, TMI 30 % | 25 000 € | 12 800 € | 25 000 x 30 % = 7 500 € | 69 700 € |
| Charges 25 %, TMI 41 % | 25 000 € | 12 800 € | 25 000 x 41 % = 10 250 € | 72 450 € |
Formule : 100 000 - charges - impôt + économie d'impôt liée à la déductibilité.
La conclusion, à l'inverse de l'idée reçue
Comparons au dividende de SAS (68 600 €, stérile) :
- Dès que la TMI atteint 41 % avec des charges à 32 %, la SARL fait quasiment jeu égal (68 320 €), mais avec des droits en plus.
- Sur les tranches hautes, où les charges tombent à 25 %, la SARL passe devant : 69 700 € à TMI 30 %, et jusqu'à 72 450 € à TMI 41 %, toujours en construisant des droits différés.
Autrement dit : plus vos revenus sont élevés (charges dégressives) et plus votre TMI est haute (déductibilité plus forte), plus le dividende de SARL devient intéressant que celui de SAS. Le dividende de SAS n'est réellement gagnant que sur des revenus modestes ou de faibles tranches d'imposition, et il reste toujours stérile en droits.
Point clé : un dividende de SARL qui "coûte" des charges n'est pas un dividende plus cher. Ces charges sont dégressives, déductibles à votre TMI, et créatrices de droits. C'est un placement social, pas une simple ponction.
Pour aller plus loin
Ce raisonnement se chiffre au cas par cas : forme sociale, niveau de revenu, TMI, capital, objectifs de retraite. Il n'y a pas de règle unique.
- TNS ou assimilé salarié : quel impact sur votre rémunération nette ?
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