Dirigeants & TNS

Épargne salariale en TPE : le dirigeant peut en profiter aussi

Intéressement, participation, abondement : un levier de rémunération exonéré que les dirigeants de TPE et PME sous-estiment largement.

Maxime Schwob · 08 octobre 2026 · 7 min de lecture
Épargne salariale en TPE : le dirigeant peut en profiter aussi

TL;DR, l'essentiel en 30 secondes. Dans une entreprise employant de 1 à 250 salariés, le dirigeant peut lui-même bénéficier de l'intéressement, de la participation et de l'abondement sur un PEE ou un PERECO. En dessous de 50 salariés, ces sommes échappent au forfait social et aux cotisations sociales : seules la CSG et la CRDS (9,7 %) s'appliquent, et elles sont exonérées d'impôt sur le revenu lorsqu'elles sont placées. En 2026, l'abondement peut atteindre 3 844,80 € sur un PEE et 7 689,60 € sur un PERECO. À coût égal pour l'entreprise, le bénéficiaire conserve souvent plus de deux fois plus qu'avec une prime classique, en contrepartie d'un blocage des sommes.


Parmi les leviers de rémunération exonérée accessibles aux dirigeants, l'épargne salariale reste l'un des plus méconnus dans les petites structures. La raison est souvent la même : on suppose à tort que l'intéressement, la participation et l'abondement sont réservés aux grands groupes dotés de services RH dédiés. C'est une idée reçue qui coûte cher.

Depuis plusieurs années, le législateur a considérablement simplifié l'accès à l'épargne salariale pour les entreprises de moins de 250 salariés. La loi sur le partage de la valeur du 29 novembre 2023 est allée plus loin : depuis 2025, les entreprises de 11 à 49 salariés qui réalisent un bénéfice net d'au moins 1 % de leur chiffre d'affaires pendant trois exercices consécutifs doivent mettre en place au moins un dispositif de partage de la valeur.

Surtout, le chef d'entreprise n'est pas exclu. Dans les entreprises employant au moins un salarié et au plus 250, le dirigeant (gérant, président, directeur général), ainsi que son conjoint collaborateur ou associé, peut bénéficier de ces dispositifs au même titre que les salariés.


Ce que couvrent vraiment ces trois dispositifs

Intéressement : une prime liée à la performance

L'intéressement est un mécanisme facultatif qui associe les salariés, et le dirigeant, aux résultats ou aux performances de l'entreprise. Son montant doit découler d'une formule de calcul liée à ces résultats : il ne peut pas être fixé à l'avance. Il est mis en place par accord collectif ou, depuis 2022, par décision unilatérale de l'employeur dans les entreprises de moins de 50 salariés, sous conditions.

Les sommes versées au titre de l'intéressement sont exonérées de cotisations sociales, mais pas de la CSG et de la CRDS. Si le bénéficiaire les place sur un PEE ou un PERECO, elles sont en outre exonérées d'impôt sur le revenu.

Deux plafonds s'appliquent : 75 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) par bénéficiaire, soit 36 045 € en 2026, et 20 % du total des salaires bruts versés pour l'ensemble des bénéficiaires.

Participation : obligatoire à partir de 50 salariés, facultative en dessous

La participation aux bénéfices est obligatoire dans les entreprises qui atteignent 50 salariés pendant cinq années civiles consécutives. En dessous de ce seuil, elle peut être mise en place volontairement, avec les mêmes avantages fiscaux et sociaux.

Abondement : le levier le plus puissant pour le dirigeant

L'abondement est la contribution que l'entreprise verse en complément des versements effectués par le bénéficiaire sur son PEE ou son PERECO. C'est ici que le levier est le plus fort.

En 2026, avec un PASS de 48 060 €, les plafonds d'abondement sont les suivants :

Plan Plafond d'abondement annuel
PEE 3 844,80 € (8 % du PASS)
PERECO 7 689,60 € (16 % du PASS)

L'abondement ne peut pas dépasser le triple des versements du bénéficiaire : pour 1 € versé par le dirigeant, l'entreprise peut en ajouter jusqu'à 3. Pour atteindre le plafond du PEE, il suffit donc de verser 1 281,60 €.


Forfait social : ce que la taille de votre entreprise change vraiment

Le forfait social est une contribution patronale due sur certaines sommes exonérées de cotisations sociales. Son taux normal est de 20 %, mais les petites entreprises en sont largement exonérées.

Dispositif Moins de 50 salariés De 50 à 249 salariés
Intéressement 0 % 0 %
Participation 0 % 20 %
Abondement PEE 0 % 20 %
Abondement PERECO 0 % 20 %, ou 16 % sous conditions de gestion pilotée

Pour une entreprise de moins de 50 salariés, l'intéressement, la participation et l'abondement ne supportent donc aucun forfait social. C'est un avantage considérable par rapport à une prime classique, soumise à l'ensemble des cotisations patronales et salariales.


Exemple chiffré : dirigeant et 2 salariés, prime classique ou épargne salariale

Prenons une entreprise de moins de 50 salariés dirigée par un assimilé salarié (président de SAS, ou gérant minoritaire ou égalitaire de SARL). Supposons que la formule d'intéressement aboutisse à 10 000 € pour le dirigeant et pour chacun de ses deux salariés, soit 30 000 € au total. Comparons avec une prime classique de même montant brut.

Scénario 1 : prime classique

Montant brut Cotisations patronales (environ 45 %) Cotisations salariales (environ 22 %) Net avant impôt
Par bénéficiaire 10 000 € 4 500 € 2 200 € 7 800 €
Coût pour l'entreprise 14 500 €

Après impôt sur le revenu, avec une tranche marginale de 30 %, il reste au bénéficiaire environ 5 500 €.

Scénario 2 : intéressement placé sur un PEE ou un PERECO

Montant versé Forfait social CSG et CRDS (9,7 %) Montant placé
Par bénéficiaire 10 000 € 0 € environ 970 € environ 9 030 €
Coût pour l'entreprise 10 000 €

Les 9 030 € placés sont exonérés d'impôt sur le revenu. Ils restent en revanche bloqués cinq ans sur un PEE, ou jusqu'à la retraite sur un PERECO, sauf cas de déblocage anticipé prévus par la loi.

✅ Résultat : pour un coût inférieur de 31 % pour l'entreprise, le bénéficiaire conserve environ 9 030 € au lieu de 5 500 €. Rapporté à chaque euro dépensé par l'entreprise, il en garde plus de deux fois plus.

Et si l'entreprise abonde en plus ?

Le dirigeant verse 1 000 € sur son PEE et l'entreprise abonde à 300 %, soit 3 000 €. Dans une entreprise de moins de 50 salariés, cet abondement ne supporte aucun forfait social : il coûte 3 000 € à l'entreprise, déductibles de son résultat. Après CSG et CRDS, environ 2 710 € viennent s'ajouter aux 1 000 € versés, soit environ 3 710 € placés. Entre 50 et 249 salariés, le même abondement coûterait 3 600 € à l'entreprise, forfait social de 20 % compris.


Points de vigilance en 2026

Une fiscalité de sortie qui bouge

À la sortie du plan, les sommes issues de l'intéressement, de la participation et de l'abondement restent exonérées d'impôt sur le revenu, mais les plus-values réalisées supportent les prélèvements sociaux. La hausse de la CSG sur les revenus du capital votée pour 2026 concerne aussi les PEE et PERECO : les plus-values y sont désormais soumises en grande partie à 18,6 % au lieu de 17,2 %. Le cadre de l'épargne salariale reste régulièrement discuté lors des lois de financement : mieux vaut mettre en place les dispositifs tant que le régime actuel s'applique.

Le choix entre percevoir et épargner

Le bénéficiaire peut choisir de percevoir sa prime d'intéressement ou de participation immédiatement, elle est alors soumise à l'impôt sur le revenu, ou de la placer sur un PEE ou un PERECO, en exonération d'impôt. Ce choix s'exerce dans un délai de quinze jours après l'information par l'entreprise. À défaut de réponse, les sommes sont placées automatiquement sur le plan d'épargne.

Ce que l'expert-comptable peut faire valoir

La mise en place d'un accord d'intéressement relève souvent du cabinet comptable, qui peut rédiger l'accord, le déposer et en assurer le suivi annuel. C'est une opportunité de valeur ajoutée pour les cabinets qui accompagnent des TPE et PME : proposer ce dispositif, c'est se positionner comme partenaire stratégique du dirigeant, au-delà de la production comptable. Le conseiller patrimonial intègre ensuite ces flux dans la stratégie globale du dirigeant (voir l'article sur le duo expert-comptable et conseiller patrimonial).


Pour aller plus loin

L'épargne salariale s'inscrit dans une réflexion plus large sur la rémunération du dirigeant. Plusieurs leviers complémentaires méritent d'être étudiés en parallèle :

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